Mourir à ce prix : déni d’accès aux génériques du VHC mapCrowd - Rapport n°2

> Visiter www.mapCrowd.org et télécharger le rapport

Alors que les perspectives d’élimination du virus de l’hépatite C (VHC) n’ont jamais semblé si prometteuses, l’avenir des 80 millions de personnes infectées dans le monde reste incertain. Le nombre des décès liés au VHC, environ 700 000 personnes chaque année. Les politiques et programmes d’élimination mis en place aux niveaux nationaux doivent être suivis et évalués. Cependant, les données précises et exploitables sont trop souvent indisponibles.

mapCrowd est une plateforme de crowdsourcing en ligne créée par Médecins du Monde (MdM) et Treatment Action Group (TAG), et conçue pour faciliter la collecte et le partage d’informations à jour sur le VHC.

Fin 2013, de nouveaux antiviraux à action directe (AAD) pour le traitement de l’hépatite C ont été mis sur le marché. De nouveaux schémas thérapeutiques – associant des AAD, et sans interféron – sont aujourd’hui prescrits. Le taux de guérison des patients atteints du VHC s’est révélé supérieur à 90 %, souvent en 12 semaines, avec peu d’effets secondaires, révolutionnant ainsi le traitement de l’hépatite C. Jamais la perspective d’un monde sans VHC n’a semblé aussi proche. Malheureusement, le prix de ces nouvelles thérapies constitue un obstacle de taille à leur accès pour l’immense majorité de personnes ayant le VHC dans le monde.

La dernière analyse des données de mapCrowd dresse un bilan contrasté des avancées pour éliminer le VHC.

Pays à revenu élevé : le jeu du rationnement

Au regard des données collectées sur mapCrowd, 14 des 17 pays d’Europe de l’Ouest établissent des restrictions pour les personnes atteintes du VHC sur leur territoire. La plupart du temps, les AAD sont limités à celles dont l’état de santé est le plus critique. Ces politiques restrictives sont principalement liées aux prix élevés des traitements : les prix des combinaisons d’AAD vont de 25 000 € à 60 000 €. La prescription des AAD reste très largement la prérogative des praticiens spécialistes, alors que les précédents traitements à base d’interféron pégylé pouvaient être obtenus chez le médecin généraliste.

De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis adoptent des politiques de rationnement, alors que le VHC tue plus de personnes que n’importe quelle autre maladie à l’échelle du pays. Les combinaisons d’AAD sont vendues entre 54 600 $ et 83 319 $ dans le pays, et leur couverture par les assurances est très inégale.

Médicaments Génériques VHC : Free the cure !

En utilisant les données collectées dans mapCrowd, les effets des génériques sur les prix des traitements sont une fois de plus démontrés. Nous avons pu établir un prix moyen de 38 154 $ pour le sofosbuvir de marque (le Sovaldi® de Gilead) dans 13 pays où il n’est pas concurrencé par un générique. En comparaison, le prix moyen du même sofosbuvir de marque s’élève à 2 023 $ dans 5 pays où des génériques sont également disponibles sur le marché. Au-delà de leur effet de réduction du prix des médicaments de marque, les génériques sont aussi une alternative pour permettre l’accès des personnes atteintes du VHC à ce traitement vital. Le prix moyen des versions génériques du sofosbuvir est de 921 $, tandis que le prix de la version générique du daclatasvir descend à 241 $.

Alors que ces prix baissent continuellement là où la concurrence des génériques existe, les coûts de production pourrait encore chuter, comme le démontre l’excellente étude « Rapidly falling costs for new hepatitis C DAAs : Potential for universal access fair price », (« Baisse rapide des coûts des nouveaux AAD contre les hépatites : la possibilité d’un prix permettant un accès universel »), menée par le Dr Andrew Hill. Ces chercheurs ont récemment revu leurs estimations des coûts de production, projetant ainsi des prix des versions génériques de sofosbuvir et de daclatasvir à respectivement 62 $ et 14 $.

Les génériques peuvent être introduits sur le marché en utilisant des instruments juridiques, tels que les licences obligatoires et les oppositions aux brevets. L’innocuité et l’efficacité des génériques ont déjà été documentées, révélant des performances comparables à celles des versions de marque du traitement. Avec tous ces outils à la disposition des décideurs, il n’y a pas de temps à perdre pour mettre en œuvre des programmes ambitieux visant à éliminer l’infection du VHC.

Mise sous traitement : une volonté politique déstabilisée par le prix des médicaments

Les objectifs établis par la communauté internationale en matière d’élimination du VHC sont encore loin d’être atteints. Dans les pays couverts par mapCrowd où les données sont disponibles, le taux de personnes mises sous traitement va de 0,13 % (Malaisie) à 8,4 % (États-Unis). La généralisation imminente des mises sous traitement rendue possible par la révolution thérapeutique des AAD prend de toute évidence plus de temps que prévu. Les dynamiques d’accès au traitement, profondément liées aux prix des médicaments, dépendent de la capacité des États et des autorités sanitaires, aux côtés de la société civile, à mettre en place des stratégies agressives de fixation du prix des médicaments afin d’augmenter le nombre de personnes traitées. Entre 2013 et 2015, par exemple, la progression du taux de mise sous traitement au Pakistan a été équivalente à celle de la France, considérée comme leader mondial dans l’accès au traitement contre le VHC il y a encore peu.

Personnes usagères de drogues par voie injectable : la prévalence la plus élevée, la mise sous traitement la plus faible

Alors que les personnes usagères de drogues par voie injectable connaissent la plus forte prévalence d’infection au VHC, elles sont plus souvent exclues des dispositifs de prévention et des traitements. La stigmatisation et la criminalisation réduisent fortement l’accès à une prise en charge et à des traitements vitaux. Les résultats préliminaires d’un projet mis en œuvre avec Médecins du Monde en Géorgie sont prometteurs. Dans le cadre d’un programme de réduction des risques – conçu pour faciliter l’accès des personnes usagères de drogues par voie injectable à un programme national d’élimination du VHC – 98,8 % des participants ont achevé leur traitement avec une très bonne observance. Jusqu’à présent, la cohorte a atteint un taux de guérison de 90,1 % avec une charge virale indétectable 12 semaines après le traitement. Des programmes similaires utilisant des approches de réduction des risques peuvent avoir un impact significatif pour réduire le taux de VHC au sein des populations les plus à risque.

Lire le rapport : http://mapcrowd.org/public/pdf/FR_mapCrowd_Report2.pdf