Ayez du coeur, sauvez mon foie ! Où sont mes diagnostics !?

« L’élimination de l’hépatite virale en tant que menace pour la santé publique exige que 90 % des personnes infectées soient diagnostiquées et que 80 % des personnes diagnostiquées soient traitées. » [1]

Sur les 71 millions de personnes vivant avec le virus de l’hépatite C chronique (VHC), on estime que seulement 20 % connaissent leur statut, 5 % dans les pays à revenus faible ou intermédiaire [2]. Non traitée, l’hépatite C chronique cause une fibrose hépatique qui peut évoluer vers la cirrhose ou le carcinome hépatocellulaire (CHC) puis la mort. Environ 400 000 personnes meurent chaque année de complications liées au VHC. De nouveaux médicaments efficaces contre le virus, les antiviraux à action directe (AAD), ont récemment été commercialisés et, lorsqu’ils sont abordables, ils aident à simplifier le dépistage et les soins pour les personnes atteintes. Cependant, les oligopoles et les prix élevés des diagnostics VHC continuent d’être des obstacles à l’élimination de l’hépatite C, d’autant que l’accès aux tests et aux diagnostics du VHC implique souvent des paiements directs des patients..

Les tests sérologiques d’anticorps du VHC montrent si une personne a été exposée au VHC. L’OMS recommande d’axer Ce dépistage sur les populations les plus touchées, en particulier les personnes qui s’injectent des drogues (PID) et les personnes vivant avec le VIH (PLHIV). Il existe de nombreux fabricants de tests de diagnostic rapide, et les prix ont chuté jusqu’à 1 $US dans la plupart des pays. [3]

Test de confirmation
Immédiatement après un résultat positif au test sérologique d’anticorps du VHC, un test d’acide nucléique (TAN) devrait être effectué pour détecter la présence du virus et distinguer les personnes atteintes d’une infection chronique par le VHC de celles qui l’ont spontanément éliminée, soit environ 15 à 45 % des personnes.
Ces tests d’ARN du VHC sont effectués au moyen de plateformes de test d’acide nucléique (TAN) et de réaction en chaîne de la polymérase (PCR) en temps réel.
Abbott, Roche et Cepheid sont les principales compagnies à se partager les parts de marché pour ces plateformes NAT. Cette situation d’oligopole leur permet de fixer des frais importants sur leurs plateformes NAT et leur maintenance, ainsi que des prix élevés sur leurs réactifs ou cartouches respectives. Par conséquent, le prix des tests peut varier de 15 à 30 $US par test (dans le secteur public) à 60 à 200 $US par test (dans le secteur privé), selon le produit et le pays.

Test de réponse au traitement
Un autre test d’ARN du VHC est également recommandé pour évaluer la réponse au traitement de l’hépatite C, ce qui peut doubler les coûts pour le patient et/ou les autorités sanitaires.

Évaluer le degré de fibrose et de cirrhose du foie
« L’évaluation du degré de fibrose hépatique est une étape importante dans la prise en charge clinique des personnes infectées par le VHC. Bien que le traitement du VHC doive être envisagé pour toutes les personnes infectées par le VHC, les personnes atteintes de cirrhose devraient être traitées en priorité parce qu’elles sont exposées à un risque accru de CHC et de décès par insuffisance hépatique. De plus, le choix des schémas thérapeutiques peut dépendre de la présence ou de l’absence de cirrhose. »  [4]

Deux méthodes principales d’évaluation de la fibrose, le FibroScan® et le FibroTest®, sont préférables à toute autre méthode. Elles sont recommandées par l’OMS car non invasives et plus précises mais elles sont, lorsqu’elles sont disponibles, hors de prix dans de nombreux pays bien que les deux technologies aient été développées et brevetées par la recherche française financée par des fonds publics : l’Institut national de la santé et de la recherche (INSERM), l’École supérieure de physique et chimie industrielle de la ville de Paris (ESPCI) et l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). Un appareil FibroScan® est vendu au moins 100 000 $US avec un entretien annuel de 4 700 $US [5] et les prix facturés pour l’examen sont très volatils puisqu’ils ne sont pas liés à l’achat de réactifs, allant de l’examen gratuit à celui coûtant plus de 200 $US [6] ; les prix par FibroTest® quant à eux sont fixés unilatéralement par la société Biopredictive, au moins 50 $US par test car il nécessite une sous-traitance de l’interprétation des résultats. [7]

Génotypage du virus de l’hépatite C n’est plus nécessaire si la personne reçoit un "traitement pangénotypique" (qui traite tous les génotypes du virus). Cependant, étant donné que l’accès aux combinaisons AAD pangénotypiques est encore très limité dans la majorité des pays, le génotypage devrait être ajouté à la liste des diagnostics nécessaires dans les pays pour les personnes qui ne bénéficient pas de ces combinaisons, pour déterminer le type de traitement et sa durée. Les prix varient de 13 à 350 $US par test génotypique. [8]

Gamme de prix des diagnostics du VHC en utilisation standard

TESTPRIX
Test de diagnostic rapide≈1$
Test de confirmation de l’infection active
test d’acide nucléique (TAN))
≈15$ à 200$
Test pour évaluer le niveau de fibrose
- Fibroscan≈ 0$ à 200$
- FibroTest≈50$
Test de réponse au traitement
test d’acide nucléique (TAN)
≈15$ à 200$
Génotypage≈13$ à 350$
Moyenne totale des tests nécessaires
pour confirmer le diagnostic VHC et la réponse au traitement
≈44$ à 994$

Nous, personnes vivant avec l’hépatite C, militant·e·s de l’accès aux médicaments et communauté médicale exigeons de :
> Roche, Abbott et Cepheid de baisser considérablement leurs prix sur les tests de la charge virale ;
> L’INSERM, l’ESPCI et l’AP-HP d’octroyer des licences ouvertes et de promouvoir le transfert de technologie aux entreprises locales ;
> L’Organisation mondiale de la santé de promouvoir la préqualification des plates-formes ouvertes et éviter la situation monopolistique actuelle ;
> Les ministères de la santé publique d’opter pour des plates-formes ouvertes, de promouvoir la concurrence et de développer la production locale de réactifs et de technologies de diagnostics.