NOUS AVONS BESOIN D’UN KIT COMPLET DE SERVICES SUR L’HÉPATITE C POUR LES PERSONNES QUI CONSOMMENT ET S’INJECTENT DES DROGUES ! « Depuis plus de 5 ans, on guérit de l’hépatite C... où est mon kit ? »

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L’élimination du virus de l’hépatite C (VHC) d’ici 2030 dépend de la façon dont les pays financent la prévention, le dépistage, le traitement et les soins, et de la façon dont ils inscrivent le VHC dans leurs engagements pour une couverture universelle en santé. S’engager dans l’élimination du VHC exige que les programmes nationaux fournissent des services aux populations clés, en particulier aux personnes qui consomment et s’injectent des drogues, qui sont touchées de façon disproportionnée par le virus. La réduction des risques, fondée sur l’accès inconditionnel à la santé et aux droits humains, est un prérequis pour atteindre les personnes qui consomment et s’injectent des drogues et les relier aux soins.

Cette fiche d’information a pour but d’aider les militants à exiger de leurs gouvernements un kit complet de services sur l’hépatite C pour les personnes qui consomment et s’injectent des drogues. Conscients du fait que certains services ne sont peut-être pas disponibles dans certains pays, nous aspirons à voir tous ces services, basés sur des décennies de preuves de santé publique, mis en œuvre ensemble.

QU’Y A-T-IL DANS LE KIT ?

PREVENTION

Des informations précises et non stigmatisantes sur l’hépatite C, adaptées aux personnes qui consomment des drogues

  • Fournir de l’information, de l’éducation et du matériel de communication aux personnes qui consomment des drogues et à leurs partenaires sexuels, par le biais d’agents de santé communautaires et de pairs, et ce dans divers contextes, par des séances de sensibilisation, de formations et autres activités.

Des services complets de prévention et de santé sexuelle comme partie intégrante de l’ensemble des services de santé générale pour les personnes qui consomment des drogues

  • Rendre la prophylaxie pré et post-exposition (PrEP/PEP) pour le VIH, des préservatifs internes/externes et des lubrifiants disponibles et abordables pour les personnes qui consomment des drogues et leurs partenaires sexuels ;
  • Offrir ou référer à des services complets en matière de sexualité et de reproduction, y compris l’accès à la contraception.

Des seringues en nombre suffisant et un accès aux traitements de substitution aux opiacés (TSO)

  • L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande 300 aiguilles et seringues stériles par personne et par an. [1] Cependant, une plus grande couverture aurait un impact tangible sur l’hépatite C. Nous devons faire en sorte que les gens aient accès à des aiguilles et des seringues stériles pour chaque injection, le nombre d’injection par personne variant selon ses besoins personnels ;
  • L’accès à du matériel d’injection sûr devrait comprendre des seringues à faible espace mort (low dead space syringes), qui ne retiennent qu’une petite quantité de liquide dans la seringue et l’aiguille lorsque le piston est complètement pressé. Les données disponibles [2] suggèrent que les seringues à faible espace mort peuvent réduire le risque de transmission du VIH et du VHC ;
  • Assurer l’accès à du matériel d’injection et d’inhalation stérile et à des formations sur les pratiques d’injection plus sûres ;
  • La combinaison des TSO et des programmes d’échange d’aiguilles et de seringues (PES), dans lesquels les personnes peuvent avoir accès aux deux services en même temps, pourrait réduire le risque d’infection à l’hépatite C de plus de 70%. [3] La liste des médicaments essentiels de l’OMS inclut la méthadone et la buprénorphine. Les régimes d’assurance maladie nationaux devraient prendre en charge ces médicaments. Ces services combinés mettent en lien les personnes avec les services essentiels et les aident également à réduire la fréquence de leurs injections.

Prévention et gestion des overdoses

  • Développer les services de réduction des risques pour inclure la formation et l’accès à la naloxone gratuite dans les structures communautaires et introduire des programmes de naloxone de pair-à-pair. La naloxone est un médicament qui bloque les effets des opioïdes et sauve des vies lorsqu’une personne fait une overdose ;
  • Développer les services de réduction des risques pour inclure la formation et l’accès à la naloxone gratuite dans les structures communautaires et introduire des programmes de naloxone de pair-à-pair. La naloxone est un médicament qui bloque les effets des opioïdes et sauve des vies lorsqu’une personne fait une overdose ; [4]
  • Inclure la vérification des médicaments pour s’assurer de la sécurité de l’approvisionnement.

TESTS

Des tests de l’hépatite C décentralisés, simples, de haute qualité et abordables pour les personnes qui consomment des drogues

  • Mettre à disposition des tests simples sur les lieux de soins dans les sites de réduction des risques. Le dépistage et le traitement de l’hépatite C, en particulier pour les personnes qui n’ont pas de maladie hépatique avancée ou d’autres problèmes de santé complexes, devraient être offerts partout où les personnes obtiennent des services ;
  • Nous devons investir davantage dans la recherche et le développement de diagnostics plus simples, plus rapides, de haute qualité et utilisés au niveau de la communauté/des lieux de soins. En attendant le "test idéal", nous pouvons utiliser les technologies existantes en fonction de l’épidémiologie d’un pays, comme la confirmation du diagnostic sur des plateformes d’ARN à l’aide de prises de sang au bout du doigt ou de taches de sang séché sur les lieux de soins. Les gouvernements doivent approuver ces diagnostiques ;
  • Prise en charge par les régimes d’assurance maladie nationaux des tests de détection des anticorps et des tests de confirmation (ARN ou antigène capsidique) ;
  • Les gouvernements devraient suivre les directives de l’OMS [5] et simplifier les protocoles nationaux de tests. Cela comprend l’élimination de la surveillance de la charge virale. Les pays ayant accès à des schémas thérapeutiques qui soignent tous les génotypes devraient également supprimer les tests de génotypage, sauf pour les personnes atteintes de cirrhose avancée ou qui n’ont pas atteint des taux de guérison avec des médicaments antérieurs ;
  • Les tests de dépistage d’anticorps sont moins invasifs pour obtenir des échantillons oraux ou sanguins, mais ils sont souvent réservés aux professionnels de santé. Ces tests devraient être autorisés pour l’autotest de l’hépatite C lorsque des services appropriés de télésanté et d’orientation sont en place comme une option supplémentaire pour diagnostiquer et relier les communautés stigmatisées et marginalisées aux traitements et soins ;
  • Élaborer et valider des protocoles d’analyse des taches de sang séché qui peuvent être une méthode moins douloureuse et plus facile pour obtenir un échantillon auprès de personnes qui s’injectent des drogues et qui peuvent avoir un système veineux fragile ;
  • Offrir des formations de qualité et développer le transfert des activités de dépistage aux professionnels paramédicaux et aux travailleurs de santé communautaires, y compris les pairs ;
  • Intégrer les tests de dépistage de l’hépatite C sur des plateformes de diagnostic ouvertes qui permettent de dépister plusieurs maladies à la fois ; ce qui peut réduire les coûts totaux en achetant les produits en volume ;
  • Exiger des compagnies, des gouvernements et des agences d’approvisionnement la transparence sur les prix des produits de diagnostic et comparer avec les pays voisins pour négocier des prix moins élevés ;
  • S’assurer qu’un nombre accru de personnes qui consomment des drogues soient dépistées et testées. Parmi les autres moyens de réduire les coûts de diagnostic, mentionnons le regroupement de l’approvisionnement en tests, la concurrence entre les fournisseurs et la diversification des options entre les distributeurs.

TRAITEMENT

Des traitements abordables et universellement accessibles pour les personnes qui consomment des drogues

  • Briser les monopoles de marché (y compris entre les producteurs de médicaments de marque et de génériques) qui entraînent des prix artificiellement élevés ;
  • Donner la priorité aux schémas thérapeutiques qui traitent tous les génotypes du VHC
  • Amplifier l’enregistrement des antiviraux à action directe (AAD) dans votre pays
  • Assurer la disponibilité et l’accessibilité financière du sofosbuvir, colonne vertébrale de la plupart des combinaisons thérapeutiques
  • Lever toutes les restrictions au traitement, y compris celles qui exigent l’abstinence, avant d’initier les AAD. Les études montrent que les personnes qui consomment des drogues obtiennent des taux d’observance et de réponse virologique soutenue similaires à celles qui ne consomment pas de drogues ;
  • Transférer le droit de prescrire des AAD à des non-spécialistes afin de réduire les délais d’initiation du traitement ;
  • Exiger des prix transparents pour les AAD de la part des compagnies, des gouvernements et des organismes d’approvisionnement, et comparer avec les pays voisins pour négocier des prix moins élevés.

SURVEILLANCE POST-TRAITEMENT

Tests et traitements de la réinfection

  • Des réinfections à l’hépatite C se produiront, mais des services complets de prévention et de réduction des risques peuvent les limiter. Les gouvernements doivent mettre en place un dépistage et un traitement universel pour tous ceux qui en ont besoin, y compris les personnes qui se sont réinfectées ;
  • Offrir de l’information précise et de qualité sur les méthodes de prévention et des tests de confirmation régulièrement pour les personnes à risque de réinfection par le virus de l’hépatite C ainsi que l’accès à un traitement sans coût additionnel pour le patient. Il est essentiel de maintenir les patients, qui risquent d’être réinfectés, en lien avec les soins

Dommages hépatiques et dépistage du cancer du foie

  • Lors des visites de suivi, ou au moins tous les six mois, offrir un dépistage non invasif, sans frais, pour les personnes présentant des lésions hépatiques à un stade plus avancé. Surveillez les signes avant-coureurs d’un cancer du foie.

LE RENFORCEMENT DES SYSTÈMES DE SANTÉ

Des services de haute qualité

  • Les personnes paires doivent être incluses dans les stratégies de transfert des tâches au sein des services liés à l’hépatite C, pour avoir des services de meilleure qualité et de meilleurs résultats pour la santé. L’amélioration de la qualité des services et des résultats de santé exige des approches inter-sectionnelles pour tenir compte des déterminants sociaux de la santé des personnes qui consomment des drogues ;
  • Souvent, les femmes et les personnes non conformes dans le genre n’ont pas accès à des services de réduction des risques qui répondent à leurs besoins particuliers. Les services liés à l’hépatite C devraient être conçus et dirigés par des femmes formées et des personnes non conformes dans le genre qui consomment des drogues pour assurer des soins accueillants, déstigmatisants, non discriminatoires et qui tiennent compte du genre. Cela peut garantir une bonne dispensation des services pour les femmes enceintes qui consomment des drogues ;
  • Les soins de santé et les services connexes adaptés aux besoins des communautés locales qui consomment des drogues, doivent être supervisés par la société civile, les conseils consultatifs communautaires et les membres des communautés.

Un juste salaire de subsistance pour les agents de santé communautaires pairs

  • Les personnes ayant de l’expérience vécue et des antécédents de consommation d’alcool et d’autres drogues jouent un rôle crucial pour soutenir leurs pairs, les assister pendant les activités de dépistages communautaires, s’assurer que les patients suivent le traitement AAD et les guider afin de les maintenir dans les services ;
  • Rémunérer, respecter et protéger la dignité des personnes qui consomment des drogues, des agents de santé communautaire et des pairs éducateurs !

Des services intégrés pour les autres maladies infectieuses

  • Prévenir, diagnostiquer et traiter le VIH, la tuberculose et les infections sexuellement transmissibles au moyen de tests et de médicaments de haute qualité et abordables ;
  • Fournir gratuitement les vaccins contre l’hépatite A et B.

Des sites de réduction des risques/VHC qui offrent des services d’orientation

  • Les services qui pourraient être offerts sur place ou référés à d’autres sites communautaires comprennent l’aide au transport, le conseil psychosocial, le logement sans conditions d’abstinence, l’accès à l’emploi, les services financiers, juridiques et autres services sociaux.

Décriminaliser l’usage et la possession de drogues, la vente de volume limité de drogues et mettre fin à l’incarcération massive des personnes qui consomment des drogues

  • La consommation d’alcool et d’autres drogues requiert une approche de santé publique qui accroisse ses financements et développe l’accès aux services de réduction des risques, plutôt que les prisons ! La réforme des politiques sur les drogues réduit la stigmatisation, la discrimination et la violence à l’égard des personnes qui consomment des drogues. La décriminalisation crée un environnement propice pour que les personnes qui consomment des drogues puissent avoir accès aux soins de santé essentiels et à d’autres services.

Financer intégralement les services de lutte contre l’hépatite C et de réduction des risques dans les budgets nationaux

  • Seuls 8 % des fonds nécessaires à la lutte contre les hépatites virales ont été mis à disposition dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. [6] Le budget de cet ensemble de services doit inclure la formation en soins de santé, le stockage et le transport des échantillons de test, l’équipement de laboratoire requis, les mises à niveau des systèmes de déclaration et le coût des tests, des médicaments et du matériel de réduction des risques.